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Tamazgha: C’est quoi?

Tamazgha: C’est quoi?

La Tamazgha, qu’est-ce que c’est ?

A point nommé, ma réflexion actuelle sur l’évanouissement historique des Berbères me donne l’occasion de revenir sur la définition de la Tamazgha.

Comme chacun le sait, l’histoire est étroitement liée à la géographie. Et nous le savons, toute la partie nord du continent sauf l’Egypte est marquée par une variation de l’appellation jusqu’à ce que l’Afrique du Nord devienne le Maghreb qui veut dire Occident en arabe. Ce terme usité par les géographes musulmans désigne le Nord-Ouest de l’Afrique et correspond à la nouvelle géographie de l’Islam conquérant. Paradoxalement, il est employé par Emile. Félix Gautier – « Le passé de l’Afrique du Nord, les siècles obscurs », Payot,1937- pour parler « d’un pays sans nom ».

Certes, l’orientation idéologique de cet ancien doyen de l’université d’Alger est à l’image des préjugés raciaux qui présidaient sa pensée. Mais, les choses continuent de telle manière que le mot a pris un sens communément partagé par des personnes qui ne sont pas forcément au courant des enjeux géopolitiques. Au fond, la leçon à retenir de l’historien français c’est que précisément « un pays sans nom » a sa propre géographie. Cette géographie qui a été tant escamotée par le jeu politique des rivalités tribales et par l’impossibilité d’un Etat empire proprement amazigh, voir notre « diffraction berbère », est finalement fidèle à l’historiographie gréco-latine et arabo-musulmane.

  Cette historiographie nous dit que divers Etats se sont succédé en fonction des influences géopolitiques et religieuses. Cette constance évolutive des Etats a considérablement impacté la formation des territoires tribaux ou étatiques. Cette représentation spatiale de l’exercice de la souveraineté est le point commun de l’échec du projet culturel des Amazighs auquel a succombé le grand roi numide. Il serait hasardeux de considérer que l’exemple antique de Massinissa ou celui d’Ibn Toumert, l’Almohade des temps médiévaux suivant la chronologie occidentale, soient une cristallisation d’une idée politique de la construction d’un Etat empire amazighe.

Du coup, si on remonte dans le temps, on peut affirmer qu’il n’existe aucune formation étatique fédérative des tribus amazighes des oasis égyptiennes habitaient par ces mêmes tribus au 3ème millénaire avant J.-C aux Guanches des Iles Canaries. (1) Alors n’en parlons pas des tribus sahariennes pour échapper à l’emprise des puissances méditerranéennes, créent un autre ordre éloigné du monde connu (koinè) qui reste encore inconnu et de surcroît présidé par d’intenses relations interafricaines.

A plus forte raison, les Etats nationaux contemporains s’inscrivent dans la même logique évolutive des Etats. En nous contentant des temps historiques, on peut affirmer que la variation toponymique reflète la situation politique et culturelle récurrente de l’Afrique du Nord. L’Afrique du Nord comme désignation géographique a l’avantage de ne pas colporter une arrière-pensée idéologique. Elle se différencie des termes Maghreb, Algérie, etc., parce qu’elle représente l’héritage toponymique antique qui d’ailleurs a été repris par les écrivains musulmans. On remarque que l’autochtonie joue un rôle plein et entier par la diffusion du nom Afri, celui d’une tribu amazighe, repris malencontreusement par les Antiquistes pour parler des libyco-romains.

Revenons maintenant au néologisme de la Tamazgha.

Ce mot partagé dans son emploi par tous les activistes amazighs dénote une certaine variété d’appréciation. On peut d’ores et déjà classer les activistes amazighs en trois tendances :

1- les Mondialistes

2- les Nationalistes

3- les Régionalistes.

Au sein du 1er cercle, on retrouve les militants d’une Tamazgha indéfiniment contributive d’une géographie globale déterminée par la langue amazighe. Tandis que dans le 2ème cercle, on retrouve les défenseurs d’une identité nationalitaire à laquelle on associe la langue amazighe. Pour ce qui est du 3ème cercle, il regroupe, les militants les plus radicaux du berbérisme qui penchent plus vers, soit l’autonomie soit l’indépendance. Face à une telle situation, il est plus qu’urgent d’attribuer à Tamazgha une fonction précise.

– Elle est avant tout, une représentation spatiale de l’Afrique du Nord et du Sahara.

– Sa principale fonction est de combattre le vide noologique instauré par la superposition des historiographies gréco-latine et arabo-musulmane.

– Elle est l’outil indispensable à la convergence de toutes les volontés concourant à une large diffusion des valeurs culturelles amazighes.

– Son but ultime est la concrétion de l’idée d’un Etat amazigh englobant toute l’espace de la Tamazgha.

– Enfin, Porter le projet collectif d’une universalité amazighe.

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(1) Un jour peut-être. Nous opterons pour un temps médian de la chronologie égyptienne c’est-à-dire entre le 4e et le 2e millénaire et la dernière phase de la désertification du Sahara.

Par F. Hamitouche

Le 17 Oct 2017

In Le Matin d’Algérie

Vidéo à voir:

Cette vidéo nous a été proposée par une de nos anciennes étudiantes, en l’occurrence Imane Bouchoukh, que nous remercions, au passage, laquelle vidéo apporterait à notre avis un complément d’informations à l’article cité plus haut.

Med-Chérif Boulebier 

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À propos Med-Chérif Boulebier

Enseignant-chercheur. Département de Biologie et Ecologie. Faculté des Sciences de la Nature et de la Vie. Université Mentouri Constantine.

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