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Sidi M’cid : Il était une fois, une piscine……

Lettre à un vieux Constantinois à propos de Sidi M’cid !

Bonjour Riadh,

Absolument splendides les photos de la piscine; mais cette fois-ci c’est moi qui ai eu les larmes aux yeux.

Sais-tu pourquoi?

Tout simplement à cause de la disparition du « Charchar », de ce bassin qu’on appelait, parfois « La P’tite » et d’autres fois « Edeuzième ».

Cela fait drôle quand même de ne plus le voir. Je me souviens qu’on se couchait sous ses chutes d’eau. Te souviens-tu de la petite anfractuosité qu’il y avait à gauche du « Charchar » et on devait nager sous l’eau pour l’atteindre, sortir la tête hors de l’eau à l’intérieur de cette même anfractuosité, respirer pour reprendre son souffle puis replonger sous l’eau.

Petit frère, tu m’as parlé de la descente à la piscine par « El Moulima », oui c’est un chemin qu’on empruntait, avec tous les risques que cela pouvait entraîner; mais là aussi c’était un passage obligé, pour prouver notre « Roudjoulia ».

Comment, « Ould Sidi El Djellis ne descend pas à la piscine par « El Moulima »?

Impossible !

Ce qui m’étonne le plus, c’est que si j’apprenais que mes enfants s’aventuraient à faire pareille chose, ouallahi je les aurais assassinés. Autre chemin pour accéder à la piscine, tu as oublié l’ascenseur petit frère. On le prenait à partir du boulevard des abîmes « El Ghirane », en quelques secondes  on était devant le « pont des chutes », pas très loin de la piscine. On payait je crois « Achra Doro » à l’époque.

Que n’avions-nous pas entendu comme histoires à propos de ces « Ghirane». Je peux dire qu’elles faisaient partie de la mythologie constantinoise si je puis me permettre.

Qui ne se souvient pas de « Ghar Es-Skeken » une grotte à laquelle on accédait par des escaliers métalliques? Ou encore de ces « R’habène » qui hantaient les lieux, ou de cette « Djenia » qui se promenait aux alentours du pont et qui pouvait choisir un homme de passage sur le pont et s’il lui plaisait, elle l’emmenait avec elle. Je suis en train en ce moment même de revoir dans mon esprit, la grotte qu’elle habitait. La légende, toujours constantinoise, bien sûr, disait qu’elle était mariée à un homme connu sous le nom de « Bouchloukh » et ce même Bouchloukh était connu pour son courage et sa témérité, il n’avait peur de rien, absolument de rien. Tu ne me croirais pas peut-être, petit-frère; mais dans notre maison de Sidi El Djellis, j’avais justement comme voisin un beau jeune homme que tout le monde appelait, Bouchloukh, c’était un grand frère pour moi. Ceci est une particularité également un peu constantinoise, tous les locataires d’une même maison étaient frères et sœurs, sans qu’ils soient frères utérins. Chérouf n’était pas le frère de Djamel uniquement (Rabbi yarhamou); mais aussi celui d’El Ghani, de Hamid de Mohamed Bouchloukh (Rabbi yarham’houm)…..etc.

Tu comprends maintenant pourquoi, mon cher Riadh, je tenais dès le début de nos discussions, à t’appeler « petit-frère ».

Jusqu’à ce jour, je me pose toujours et encore la même question: « Est-ce que Mohamed Bouchloukh, mon voisin et grand-frère était bel et bien le Bouchloukh de la légende constantinoise? »

Lui a-t-on tout simplement donné ce surnom, parce qu’il était aussi brave et aussi courageux?

Il faut savoir que mon voisin et grand-frère, Mohamed, est mort au combat, pour la libération de l’Algérie. C’est un « Chahid ».

Après ce bref intermède, je voudrais mon petit-frère te parler de l’autre façon, ou plus exactement de l’autre chemin qu ‘on empruntait pour descendre à la piscine de Sidi M’Cid, à savoir, le tunnel du train au dessus de la corniche, un très long tunnel, qui débute à « Bab El Kantra », pas très loin de la gare ferroviaire de Constantine, et qui se termine à hauteur de Sidi M’Cid même.

Là aussi toute une légende à propos de ce tunnel, entre autre, celle du jet de l’eau bouillante par le conducteur de la locomotive quand le train entrait dans le tunnel, ou encore celle des « Menfiyne » qui se cacheraient dans ce tunnel et qui agresseraient tout indus-occupants. Le challenge ou le défi cette fois-ci, consistait non seulement à traverser bien sûr le tunnel, éviter l’eau bouillante, les « Menfiyne »; mais le faire tout seul sans le groupe…..

Quand j’y pense, j’en ai la chair de poule, surtout qu’une fois, dans le tunnel j’ai été surpris par le train, fort heureusement que, dans tous les tunnels, aussi bien de métro que de train, il y a des abris, conçus pour permettre aux ouvriers qui travaillent sur la voie de se mettre à l’abri lors du passage du métro ou du train….Comment pourrait-on oublier une ville qui vous a laissé tant et tant de souvenirs?

Allez, ce sera tout pour aujourd’hui mon cher P’tit frère, en espérant que tu ne vas pas me sortir la prochaine fois, une autre de tes nombreuses randonnées vertigineuses et m’obliger par la même à te raconter les miennes tout aussi tonitruantes.

Les photos sont assez représentatives de mon récit.

A d’autres récits incha’Allah

Med-Chérif Boulebier

 

 

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À propos Med-Chérif Boulebier

Enseignant-chercheur. Département de Biologie et Ecologie. Faculté des Sciences de la Nature et de la Vie. Université Mentouri Constantine.

5 Coms

  1. le monument aux morts et ses abords. Peut être que j’ai rencontré plus de 40 fois ce que je cherchais, parfois je retournais frustré. Le score est de 6 puis 2 fois 5, quatre etc… Mon bonjour aux constantinois

    • Med-Chérif Boulebier

      Merci!

      • Bonjour Si MED-CHÉRIF BOULEBIER ,
        J’ai lu vos écrits et j’ai souri tout au long de ma lecture , c’est magnifique la façon dont vous décrivez les lieux ,les différentes situations, c’est â couper le souffle .Je suis entrain de faire des recherches sur la légende de Sidi M’Cid , Est-ce que c’est possible de m’aider lâ=dessus je vous serai très reconnaissante .

        • Bonjour Rachida Bedjghit !
          Ouallahi, je décris avec un peu de passion un vécu,celui de mon enfance et mon adolescence, lequel vécu est commun, je pense, à tous les Constantinois de ma génération, notamment ceux habitant les alentours de Sidi El Djellis, Rebaïne Chérif, Rahbet Essouf etc…Vous dire que je connais très bien Sidi M’cid, le wali, et sa légende serait un peu prétentieux de ma part, néanmoins je pourrais éventuellement répondre à des questions précises, si vous en avez, dans la mesure du possible, et selon mes connaissances…Sinon j’essaierai de vous orienter sur des personnes à même de le faire. Bon courage !

  2. Il etait une fois constantine…on est a la recherche d’un charme perdu ou pour bien dire les choses detruit heureusement qu’il y’a au moin des souvenirs en photo de la vieille ville car l’histoire oublie et l’homme de nature prefere la beaute…

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