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La démocratie linguistique?

La démocratie linguistique?

De la «démocratie linguistique» dites-vous ?

«Il y a deux histoires: l’histoire officielle, menteuse, puis l’histoire secrète, où sont les véritables causes des événements.» Honoré de Balzac. 

«C’est la démocratie linguistique qui permet de s’émanciper » était l’intitulé de l’entretien [1]. 

Cette assertion ou proposition est contestable. La « démocratie linguistique » est un leurre. Elle n’a jamais existé même dans les pays développés, démocratiques et émancipés. Il n’y a eu que dominance des langues (de qualité supérieure) et domination des langues (au sens la plus répandue ou la plus usitée par le nombre de ses utilisateurs). De nos jours, l’Américain et le Chinois sont, respectivement, des exemples de dominance et de domination des langues dans le monde. Les langues dominantes sont hégémoniques. De ce fait, les langues dominées seront appelées dialectes et patois [voir annexe].

Charles III, roi d’Espagne, imposa le castillan comme langue unique, sur tout le territoire espagnol, au XVIIe siècle. Ni le catalan ni le basque ni le navarin n’ont résisté à son hégémonie. Le breton, le basque, le catalan, l’occitan, le corse, l’alsacien, etc. ont été devancés par le français et n’ont pas pu négocier une place haute et élevée dans leur société. Ce n’est que tardivement qu’ils ont été reconnus, timidement, comme « langues » nationales locales ou régionales. En Grande-Bretagne, l’anglais britannique a dominé l’écossais, le gallois et l’irlandais. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, ni le finnois, ni l’allemand n’étaient codifiées, tandis que le suédois moderne n’apparaît qu’au tournant de 1900. En Grèce, le démotique, forme populaire, longtemps méprisée, n’a officiellement, remplacé la forme archaïque de la katharévousa qu’en 1976 [2 p.18]. En Inde, les langues vernaculaires sont : le marathi, hindi, télougou…

1. Le Russe et l’alphabet cyrillique 

En 1920, les langues de l’URSS, innombrables, étaient caractérisées par la variété de leurs écritures. A la fin des années 20, les langues écrites en caractère arabe, ainsi que certains parlers non écrits, se voient imposer la graphie latine. Ce changement est à signification politique inavouée. Les musulmans de l’Asie centrale sont ainsi isolés du reste de l’aire de l’Islam, et Staline compte sur cet isolement pour rompre des solidarités qui nourrissent l’idéologie pan-musulmane. Ce changement prépare le passage à l’alphabet cyrillique. Le géorgien et l’arménien ont conservé leur alphabet. Toutes les autres langues à la fin des années 30, adoptent l’alphabet cyrillique. La langue russe devient lisible, compréhensible à tous. Staline a condamné, comme incarnation d’un passé rétrograde, toute culture écrite des peuples non russes. Les nations non russes étaient conviées à adopter les monuments de la culture russe : les Bylines, le Dit du Prince Igor ou encore Pouchkine. Les monuments nationaux des diverses nations furent retirés des bibliothèques, leur lecture ou simple mention interdite dans les écoles [3, pp.6 -15].

2. Le Serbo-croate 

Le Serbo-croate est souvent présenté comme une langue artificielle, pure-création du XIXe siècle. De fait, la volonté d’unifier et de normaliser les parlers des populations slaves du sud de l’Europe est indissociable de l’affirmation d’une identité commune à ces peuples, partagés à l’époque entre plusieurs dominations politiques. C’est lors de la Convention de Vienne, en 1850, que des intellectuels serbes et croates s’entendirent pour unifier les variantes de la langue qui allait prendre le nom de «serbo-croate». Sa normalisation fut conduite par le Serbe Vuk Karadzic (1787-1864) et le Croate Ljudevit Gaj (1809-1872), chef du mouvement unitaire illyrien, qui choisit le dialecte stokavien pour ses journaux et l’édification de la langue littéraire croate, même si ce n’était pas celui parlé à Zaghreb. La transcription phonétique de la langue était fondée sur le principe énoncé par Karatzik : « Ecris comme tu parles ». Ces nuances dialectales sont géographiques, éventuellement sociales, mais en aucun cas nationales [2, p.18]. « Il s’agit d’une langue commune de type polycentrique, c’est-à-dire d’une langue parlée par plusieurs peuples, dans plusieurs Etats, avec des variantes reconnaissables, comme l’allemand, l’anglais, l’arabe, le français, l’espagnol, le portugais et bien d’autres ».

3. Le Français 

Le plan Talleyrand, prévoyait de n’enseigner que la langue nationale française, afin de chasser « cette foule de dialectes corrompus, derniers vestiges de la féodalité ». La lutte contre le patois emplit tout le XIXe siècle, atteignant même des sommets à partir des années 1850, où l’usage du patois à l’école est formellement interdit, aussi bien par le règlement impérial de 1853, que par celui républicain de 1880 [4]. Entreprise que certains n’hésiteront pas à qualifier de « génocide culturel ». Extirpé de l’école, le patois cède progressivement la place à un enseignement de la langue française qui, parallèlement, s’étoffe et se diversifie [4]. La langue française, conçue dès l’ordonnance de Viliers-Coterêts (1639) comme un élément de souveraineté par l’absolutisme royal est codifié, très tôt, par la création de l’Académie française (1635) [2, p.18]. Durant la Révolution française, Jules Ferry a tranché sur l’utilisation des dialectes. En 1881-1882, il est écrit que l’action de Jules Ferry [4] à une époque où la langue française prend, définitivement, place dans les programmes de l’école primaire était : « Qu’il importe donc prioritairement, si on souhaite promouvoir l’enseignement du français de chasser de l’école ces dialectes « barbares », en ordonnant aux maîtres d’enseigner en français, et en interdisant aux enfants l’usage de dialectes, qui les enferment dans un univers linguistique étriqué et disparate, leur coupant tout accès à la culture nationale ».

Conclusion 

La langue arabe a, dans chaque pays arabe, une variante locale, son daridja mais tous les pays arabes, et les pays musulmans, ont une même langue en partage, l’arabe fusha, originale, un arabe standard moderne. Elle constitue un dénominateur commun aux pays arabes et aux pays musulmans. La Suisse est un pays à au moins trois langues officielles, le Français, l’Allemand et l’Italien. Pas d’une façon impérative, mais à Genève on doit parler Français, à Zurich, on doit parler Allemand ou Anglais et à Lugano, on doit parler Italien. Même cas en Belgique, où au moins deux langues sont officielles, le Wallon (version du Français) n’est parlé couramment qu’en Wallonie, le Flamand (Néerlandais) n’est parlé qu’en Flandre et même l’Allemand est véhiculé à l’est de ce pays. Dans les notions de langues, on ne craint pas la compétitivité mais le chauvinisme.

Références 

1.Brahim Hadj Slimane. Entretien : Abdou Eliman Auteur de Le Maghribi, Alias Ed-darija, La Langue Consensuelle du Maghreb : « C’est la démocratie linguistique qui permet de s’émanciper». Le Soir d’Algérie, mardi 28 novembre 2017, pp.08-09.

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2017/11/28/article.php?sid=220592&cid=50

Jean Arnault Dérens et Simon Rico. La langue sans nom des Balkans. Le Monde diplomatique, juillet 2017.

Hélène Carrère D’Encausse. Staline et les minorités en URSS. L’histoire, 9, février 1979, pp. 6-15.

Pierre Giolitto. Le bon français entre à l’école. Dossier Histoire de langue française. Historia, Juillet 2005, pp.66-69.

Annexes 

Une langue est définie comme un idiome propre à une nation. Elle est définie dans Le Petit Larousse comme étant un système de signes verbaux propre à une communauté qui l’utilisent pour s’exprimer et communiquer entre eux. Un langage est une faculté propre à l’homme d’exprimer et de communiquer sa pensée au moyen d’un système de signes vocaux ou graphiques. Une langue est vivante si elle est actuellement parlée, elle est dite morte si elle n’est plus parlée. Un dialecte est une forme régionale d’une langue considérée comme un système linguistique en soi. Quant au Patois, il est le parler local employé par une population peu nombreuse et plutôt rurale.

Par Ali Derbala

Universitaire

Le 08 février 2018

In Le Quotidien D’ORAN

NB/ La photo à la Une n’est pas de l’auteur de l’article présenté ci-dessus.

Photo à la Une: Les aventures de la famille Bourg. Google

Med-Chérif Boulebier

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