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Continent de plastique: Existe-t-il?

Continent de plastique: Existe-t-il?

Partout où les courants océaniques charrient de la matière, les débris de plastique s’accumulent, finissant dans l’estomac des poissons. Ils viennent des déchets, mais aussi des fragments qui s’échappent des vêtements synthétiques et des pneus ! 

C’est hélas vrai ! En 1997, le marin américain Charles Moore découvre dans l’océan Pacifique un immense amas de déchets de plastique flottant et stagnant à la surface de l’eau sur plus de 3,4 millions de kilomètres carrés, soit six fois la superficie de la France ! Une incroyable et triste découverte. Ce continent est celui de la honte.

Imaginez : une décharge en pleine mer qui, selon les estimations, pourrait contenir quelque 750 000 débris plastique par km2. Et s’il n’y avait que lui… Cinq autres zones du même acabit ont depuis été repérées, dans les grands tourbillons (ou gyres) présents au cœur de chaque océan, là où tous les courants font converger les eaux. Dans l’Atlantique nord, à environ 3 000 km des côtes françaises, cette étendue de détritus atteint deux fois la superficie de l’Hexagone. A elles toutes, ces masses de plastique forment ce qu’on appelle le « 7e continent ».

Une alerte à la pollution qui dure depuis 20 ans

Depuis vingt ans, les scientifiques alertent sur cette vaste pollution des mers. D’abord parce que sa taille ne fait que croître : chaque année, des millions de tonnes de plastique issues de nos déchets quotidiens terminent, poussées par le vent et transportées par les fleuves et les rivières, dans les cinq gyres de la planète, faute d’être correctement collectées et recyclées ! Ensuite, parce que les matières plastiques se décomposent sous l’effet de la houle en de minuscules fragments ou filaments impossibles à récupérer en l’état actuel. En 2016, des chercheurs membres de l’Expédition 7e continent, qui étudie depuis 2013 les vortex océaniques, ont montré que les rayons solaires et l’oxygène démultiplient cette pollution. A tel point qu’un débris de quelques millimètres produit 1 000 milliards de nanoparticules !

Les substances qui polluent déjà l’eau (tels les PCB ou pyralènes, issus des industries) viennent se coller aux déchets, s’ajoutant aux toxiques que le plastique contient déjà (phtalatesbisphénol A). Quand les poissons et autres animaux marins les avalent par inadvertance, c’est toute la chaîne alimentaire qui est contaminée !

Les déchets ne sont pas les seuls responsables

Et les chiffres les plus récents noircissent le tableau. En avril 2017, l’équipe scientifique de l’expédition Tara a révélé que la pollution au plastique a gagné l’océan Arctique, emportée par le courant.

Un mois plus tôt, une autre étude accablante dévoilait toute l’étendue du problème. Loin de se limiter aux déchets, les sources de microplastiques proviennent pour deux tiers du lavage des fibres synthétiques (en particulier les microfibres) de nos vêtements et de l’usure des pneus !

Alors, que faire contre ces poubelles flottantes ? Les gyres se trouvant dans des zones situées hors des eaux territoriales, aucun Etat ne se sent responsable. Des projets ont bien été envisagés, tels que les immenses barrages flottants du jeune Néerlandais Boyan Slat, conçus pour épurer les zones d’accumulation — sauf qu’ils sont inefficaces face aux nanoparticules. Désespérant.

Pour l’heure, le plus urgent semble de réduire les emballages plastiques, d’intensifier le recyclage… d’éviter les fibres synthétiques.

D’après Science & Vie QR n°20 « La mer & les océans » – Feuilleter ce numéro – Acheter ce numéro

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Le 17 oct 2017

In SCIENCE&VIE

 

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À propos Med-Chérif Boulebier

Enseignant-chercheur. Département de Biologie et Ecologie. Faculté des Sciences de la Nature et de la Vie. Université Mentouri Constantine.

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